LA PASSION DE LA POÉSIE

CHAPITRE


UN CHAPITRE À LA FOIS

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Les Bourguignons

 

Parlons des Bourguignons.

 

J'ai résidé dans trois pays distincts et j’ai rencontré des gens de tous les horizons. Toutes

ces  rencontres m'ont apporté leurs couleurs, leurs accents, leurs cuisines, leurs coutumes. Avec fierté, j'affirme que les Bourguignons demeurent les gens les plus scrupuleux que je connaisse. Ce sont des gens dignes, travailleurs, consciencieux. L'entêtement représente une vertu des Bourguignons. Ils expriment leurs pensées. Les Bourguignons utilisent rarement des mots sophistiqués pour essayer de vous faire comprendre que vous ne représentez pas particulièrement leur personne préférée. Non, ils vous le disent en face, sans mésentente.

 

Sans hésitation, vous êtes invité à leur table. Le repas sans être gourmet, sera toujours copieux et avec cette phrase éternelle :

- Vous en voulez davantage ?

 

Ho ! Les soupes. Je me souviens des soupes, accompagnées d’une tranche de pain. Nous en avons mangé tous les soirs pendant des années. Maman les préparait avec des légumes frais. Une de nos voisines ajoutait dans ses soupes un reste de viande et c'était le repas du soir avec une salade et du fromage.

 

Je me souviens aussi des tartes aux poireaux, des soupes préparées avec les légumes du potager (Autrefois, on disait : jardin). Les confitures cuites en plein été sur une cuisinière au bois qui augmentait davantage au malheur de l'été torride. Les fruits aussi venaient du potager. Les femmes du quartier échangeaient leurs fruits pour posséder un choix de confitures. Et pourquoi tout ce travail dans ces conditions pénibles ? En hiver, les pauvres ne pouvaient pas se permettre d’acheter des fruits frais, alors les confitures les remplaçaient.

 

Nous avions de nouveaux voisins qui étaient parents d'une petite-fille ravissante. Elle était tellement splendide avec son teint de porcelaine parfait, ses boucles blondes, j'avais dit à maman

 

  • On dirait une poupée.
  •  

Les gens du village l'appelaient Pépée. Son véritable nom est Jocelyne.

 

Ses grands-parents demeuraient dans la maison mitoyenne de la nôtre et ses parents quelques maisons plus loin. Sa grand-mère m’a immédiatement adoptée. Je me souviens de sa douceur, sa gentillesse, son calme. Pour moi, elle représentait une source de bonheur paisible. Cette grand-mère nous préparait des tartines de confiture, à 4 heures.

Je connaissais à peine ma grand-mère. Cette personne âgée à la chevelure blanche comme la neige me procurait un havre de paix. Jocelyne était devenue mon amie. Son frère était devenu ami avec mon frère. C'était un monde quasi parfait.

 

Voici une liste incomplète de la manière dont s'expriment les Bourguignons :

Les Bourguignons ne disent pas "Nevers", ils disent : "N’vers".

Ils oublient les négations à volonté. "Je ne veux pas" devient "J'veux pas".

"Ne le fait pas" se traduit par "Fait le pas". "Je ne sais pas" en bourguignon se dit :

"J'sais pas".

Les "R" roulent comme un tambour battant.

L'expression : les cul-terreux, s'adressait à nous, les paysans de Bourgogne.

Je ne sais pas si l'éducation s’est améliorée en Bourgogne depuis les années 50-60, mais notre langue admirable prend des claques avec les Bourguignons.

 

Une tendance se déroula dans les années 50-60.

 

Les couples de jeunes qui travaillaient en ville accordaient leurs enfants aux grands-parents. Ces jeunes couples voulaient "tout" et rapidement. Un enfant au foyer représentait un handicap pour réaliser leur rêve financier. Les parents rendaient visite aux enfants deux fois par mois et partaient en vacances ensemble.

 

Les enfants étaient élevés par les grands-parents jusqu'à l'âge de 12 ans. Les parents les prenaient avec eux lorsque la sixième arrivait. De la campagne que ces enfants avaient connue, ils devaient s'adapter à un autre mode de vie, dans une ville majeure.

 

Un jour, une femme qui avait déserté le village et qui rendait visite à ses parents, avait dit à la boulangère :

 

- Lorsque ma fille entrera dans sa douzième année, elle va désormais vivre avec nous. Les collèges ne sont pas remarquables à la campagne. Ma fille ira au collège en ville. Elle passera son bac et possédera un avenir digne, à l'inverse de ces jeunes du village. Sans me regarder, en m'ignorant, je ressentais qu'elle s'adressait à moi. Cette femme que je connaissais à peine, avait vécu à Ancy et n'avait pas poursuivi des études supérieures.

 

D'après les quelques jeunes que j'ai connus dans cette situation, les projets des parents pour leurs enfants ne se terminaient pas comme prévu.

Ces enfants de 12 ans quittaient leurs grands-parents, leur école, leurs amis. Le trajet pour se rendre à leur nouvelle école se faisait en bus ou en métro.

Ils ne rentraient pas à la maison pour le déjeuner, comme c'était la coutume à la campagne dans les années 50-60. Les repas se déroulaient à la cantine. Ils restaient le soir dans un programme "après-classe" pour rentrer à peu près en même temps que les parents. Le jeudi, ces jeunes s'impliquaient dans un autre programme. La discipline des deux familles étant en conflit, les enfants commençaient à se rebeller :

 

- Grand-père me laisse faire ça, grand-mère cuisine mieux que toi.

 

 

 

Quelquefois, tous ces jeunes déracinés, ne terminaient pas l'année de sixième et étaient renvoyés chez les grands-parents. L'année suivante, ils retournaient chez leurs parents. Au cours des deux ou trois années suivantes, ces enfants étaient renvoyés des parents aux grands-parents. Nombre d'entre eux devaient renoncer à l'idée d'atteindre le bac.

 

Faute de bac, les parents insistaient pour les envoyer dans un collège afin d'assurer leur avenir. Ce collège n'était pas nécessairement ce que les enfants voulaient, alors un autre était tenté pour finir sans diplôme. Cette période était déplorable pour la plupart des enfants. Cette tendance n'a pas persisté très longtemps. Cette mentalité me bafouait.

 

Un autre problème existait dans notre village : la jalousie.

 

Les riches ne demeuraient pas dans notre village, seulement des gens aisés, beaucoup plus aisés que les artisans ou les ouvriers.

 

 

 

Les familles nombreuses touchaient ce qui s'appelait à l'époque : les allocations familiales. Certaines personnes étaient soupçonneuses de ces couples qui faisaient des enfants pour se procurer cet argent tous les mois. Je fréquentais quelques-unes de ces familles nombreuses. Personnellement, je ressentais beaucoup de respect pour eux. La maison était convenablement entretenue. Les enfants obéissaient à leurs parents. Toute

la famille mangeait à sa faim. Les enfants étaient habillés avec des vêtements convenables. Les parents les traitaient avec discipline, mais aussi avec attention. Ces familles ne désiraient pas une autre bouche à nourrir. Le contrôle des naissances était inexistant dans les années 50-60 et donc, les naissances continuaient. C'était parfaitement simple à comprendre. Eh bien certaines personnes dans le village étaient jalouses de ces familles nombreuses.

 

Un jour chez le boulanger, cette mégère hurlait sa colère contre une famille qui avait eu la chance d'obtenir un appartement dans la ville voisine. Ce changement était dû à l'emploi du père de famille. Cette femme, ivre de colère disait qu'il avait de la chance, lui, et il ne la méritait pas. Je fréquentais cette famille, et je savais que ce changement attendu depuis de nombreuses années était amplement mérité. La famille a déménagé à la ville

voisine et malgré la haine de cette femme, ils ont demeuré des années dans cet appartement.

 

Ce genre de jalousie et de méchanceté me bouleversait. C'est Bourguignon ça, ou est-ce Français ? À cette époque de ma vie, j'associais cette mentalité à l'endroit où j'habitais : la Bourgogne.

 

Dans les années 50-60, les gens se plaignaient de leur situation modeste. Les fins de mois étaient houleuses. Certaines familles possédaient un "compte" avec l'épicerie du village. Lorsque le chèque de paye arrivait, ils acquittaient l'épicière.

 

La maison était trop étroite pour habiter les parents et les enfants convenablement. Personne ne demandait au propriétaire d'accomplir des changements. Les locataires refusaient de mener à bien eux-mêmes les changements, sous prétexte que la maison ne leur appartenait pas. 

Personne ne pensait à effectuer des changements d'emploi. Cette population se plaignait en espérant qu'un jour tout irait mieux, mais elle refusait le changement. Je ne concevais

nullement ce genre de raisonnement.



 


18/11/2021
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